Le Sahel est l'une des crises de la faim qui s’intensifie le plus rapidement dans le monde, avertit Oxfam

Vendredi, 9 juillet, 2021

Dans le monde, il est probable que 11 personnes meurent de faim chaque minute, ce qui dépasse les décès dus à la COVID-19.

Un nouveau rapport d'Oxfam indique aujourd'hui que la région du Sahel en Afrique de l'Ouest - Burkina Faso, Tchad, Mali, Mauritanie, Niger, Nigéria et Sénégal - connaît une stupéfiante augmentation de 67 % de l’insécurité alimentaire[i], ce qui en fait l'une des crises alimentaires qui s’intensifient le plus rapidement dans le monde. [ii]  

Le rapport Le virus de la faim se propage indique que pas moins de 11 personnes meurent probablement de faim et de malnutrition chaque minute dans le monde. C'est plus que le taux de mortalité mondial actuel de la COVID-19, qui est d'environ sept personnes par minute.

Au Sahel et en République centrafricaine, 17,4 millions[iii] de personnes vivent aujourd'hui dans des situations de crise d'insécurité alimentaire ou pire, soit 6,6 millions de plus que l'année dernière.

Les conflits sont un facteur clé de la faim. Des pays comme le Burkina Faso, le nord du Nigéria et la République centrafricaine (RCA), sont les plus durement touchés. Les niveaux d'insécurité alimentaire au Burkina Faso ont augmenté de plus de 200 % entre 2019 et 2020 et atteindront probablement 317 % à la fin de la période de soudure actuelle. La violence dans le centre du Sahel et le bassin du lac Tchad a forcé 5,3 millions de personnes à fuir leurs maisons et à tout perdre. [iv]

Assalama Dawalak Sidi, Directrice Régionale d'Oxfam en Afrique de l'Ouest, a déclaré :

"Les populations de la région ont été frappées par trois C mortels - Conflit, Covid-19 et Climat - qui, ensemble, ont entraîné une augmentation catastrophique de la pauvreté et de la faim. Des familles déplacées sont accueillies par des communautés qui ont déjà du mal à se nourrir. Les services sociaux et l'aide humanitaire sont perturbés en raison de l'insécurité."

En RCA, près de 340 000 personnes ont été contraintes de fuir leur domicile à la suite des violences de décembre dernier, dont de nombreux agriculteurs qui ont dû abandonner leurs terres ou manquer la saison de plantation. [v]    

Malgré cela, les gouvernements continuent d'augmenter leurs dépenses militaires. Les dépenses militaires combinées des pays du Sahel (Nigeria, Mali, Burkina Faso, Tchad, Niger) ont augmenté de 930 millions de dollars l'année dernière[vi], ce qui est suffisant pour couvrir entièrement les appels humanitaires combinés de l'ONU pour 2020 au Burkina Faso et au Mali.

Assalama Dawalak Sidi a ajouté : "L'approche du tout-sécuritaire ne fait qu'alimenter la violence et affamer les civils. Les déplacements massifs de population privent des millions de personnes de l'accès à la nourriture et à l’eau alors qu'elles doivent également lutter contre la pandémie, les chocs économiques et les catastrophes climatiques."

Le rapport décrit également comment les chocs économiques, particulièrement aggravés par la pandémie de coronavirus, ainsi que l'aggravation de la crise climatique sont venus s’ajouter aux conflits pour pousser des dizaines de millions de personnes vers la faim. Le chômage de masse et la production alimentaire gravement perturbée ont entraîné une hausse de 10 % des prix des denrées alimentaires en Afrique de l'Ouest, la plus forte depuis cinq ans.[vii]     

Les phénomènes météorologiques extrêmes imprévisibles sont devenus plus fréquents et plus graves. Au Sahel, le nombre d'inondations a augmenté de 180 % depuis 2015, détruisant les maisons, les cultures et le bétail de 1,7 million de personnes rien que l'année dernière. [viii]          

La faim s'est également intensifiée dans des épicentres émergents, tels que la Sierra Leone et le Libéria, où respectivement 22% et 20% de la population est confrontée à la faim, des proportions jamais vues auparavant. L’impact économique de la pandémie a fait augmenter les prix des denrées alimentaires tout en réduisant les revenus des ménages et leur capacité d'accès à la nourriture.

Saleye, une mère de 5 enfants de la région de Tillabéry au Niger, qui a dû fuir pour échapper à la violence, a confié à Oxfam : "Parfois, je récupère les restes de croûtes que je cuisine pour mes enfants afin qu'ils puissent manger pour retourner à l'école. Et aujourd'hui, quand mes enfants sont revenus de l'école, je n'ai même pas pu trouver de la nourriture pour eux, ils sont restés comme ça. "

Assalama Dawalak  Sidi a déclaré : "Les femmes et les filles sont les plus touchées par les conflits et la faim. Les hommes sont souvent tués en premier, laissant les femmes lutter seules pour la survie de leurs enfants. Mais quel choix faites-vous lorsque vous risquez soit d'aller au marché et de vous faire agresser physiquement ou sexuellement, soit de voir vos enfants souffrir de la faim ?"

" Le temps presse. Nous sommes maintenant entrés dans la période de soudure et une crise alimentaire majeure se profile pour la deuxième année consécutive, le nombre de personnes souffrant de la faim risquant de dépasser les 27 millions en Afrique de l’Ouest d'ici le mois d'août. Il s'agit d'une crise majeure qui nécessite un soutien urgent pour sauver des vies et restaurer l'espoir et la paix."

"Les gouvernements doivent répondre de toute urgence aux besoins fondamentaux de la population et garantir un accès sûr aux organismes d'aide. Les gouvernements donateurs doivent immédiatement et intégralement financer l'appel humanitaire des Nations unies afin de contribuer à sauver des vies dès maintenant."

Oxfam en Afrique de l'Ouest a aidé plus de 700 000 personnes vulnérables dans la région du Sahel depuis le début de la pandémie. Avec ses partenaires, Oxfam a aidé plus de 60 000 personnes au Tchad en leur fournissant de la nourriture et de l'argent. Oxfam a également aidé plus de 280 000 personnes au Niger et au Sénégal à faire face à l'impact économique de la COVID-19, notamment en leur fournissant de la nourriture, une aide en espèces, de l'eau potable, des installations sanitaires et des kits d'hygiène.

Oxfam vise à atteindre des millions de personnes au cours des prochains mois et recherche de toute urgence des fonds pour soutenir ses programmes à travers le monde. En RCA, le niveau de financement de la réponse est seulement suffisant pour atteindre 39 000 personnes, soit 28% de notre réponse prévue.

Notes aux rédactions

  • Téléchargez Le virus de la faim se propage. Cocktail explosif : les conflits, la COVID-19 et le changement climatique exacerbent la faim dans le monde ainsi que l’annexe sur l’Afrique de l’Ouest.
  • La classification intégrée des phases de sécurité alimentaire est une échelle mesurant la gravité de l'insécurité alimentaire aiguë en cinq catégories IPC: de la phase 1 à la phase 5, le niveau le plus catastrophique étant la phase 5 de l’échelle IPC. 
  • Oxfam a appliqué les seuils du taux de mortalité brut de l’IPC pour la phase 3 au chiffre mondial de 155 millions de personnes en IPC3+ du Global Report on Food Crises (GRFC) 2021 pour calculer le nombre de personnes qui pourraient mourir de faim chaque minute. Cela équivaut à 7 750-15 345 personnes par jour (5-11 par minute). Il s'agit d'un taux prudent car Oxfam n'a appliqué que le taux de mortalité brut pour la phase 3 de l’IPC, qui est inférieur aux taux de mortalité bruts attendus pour les personnes en phase 4 et 5 de l’IPC.
  • Le taux de mortalité quotidien mondial observé pour la COVID-19 a atteint près de 9 967 décès par jour pour la semaine se terminant le 14 juin 2021, ce qui équivaut à 7 décès par minute selon les données de la base de données "Our World in Data" de l'Université Johns Hopkins et de l'Université d'Oxford.
  • Les conflits sont le principal facteur poussant près de 100 millions de personnes dans 23 pays déchirés par des conflits à des niveaux de crise ou d'insécurité alimentaire plus élevés. Source: GRFC 2021.  
  • À l'exception de Madagascar, tous les pays confrontés à des conditions se rapprochant de la famine sont déchirés par des conflits. La plupart des pays confrontés à la phase 4 de la CIP (notamment l'Afghanistan, le Burkina Faso, la Syrie et le Nigeria) sont également frappés par des conflits.
  • 20 des 25 pays mentionnés dans ce rapport ont été touchés par les trois moteurs de la faim : la COVID-19, les conflits et le climat.
  • Les chiffres de la faim dans les pays du Sahel ouest-africain sont basés sur les enregistrements IPC3+ du Cadre Harmonisé pour juin-août 2019 par rapport à la même période en 2020.
  • Selon le rapport mondial 2020 de l'Observatoire des déplacements internes (IDMC), 48 millions de personnes vivaient en situation de déplacement interne en raison de conflits et de violences dans 59 pays et territoires au 31 décembre 2020. Ce chiffre est le plus élevé jamais enregistré.
  • Des histoires, des photos et des vidéos soulignant l'impact des conflits, de la Covid-19 et du climat sur la faim au Burkina Faso, au Tchad, en RCA, au Niger et au Bénin sont disponibles sur demande.

 

Contact

Simon Trépanier | simon.trepanier@oxfam.org | +39 3888 50 99 70

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[i] Les chiffres sont basés sur une comparaison entre juin-août 2019 et juin-août 2020. Cadre Harmonisé.

[v] Les chiffres sont basés sur les personnes déplacées entre décembre 2020 et mars 2021. Source:  Humanitarian Situation Update  pour la République centrafricaine. Mars 21.

[vi]  Source: SIPRI 2021

[vii] Résultats de l’analyse de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle aiguë Sahel, en Afrique de l’Ouest et au Cameroun. March-May 2021 report. p.5